dimanche 4 décembre 2022

Le budget de l'Etat pour les transports en France

Cet article s’intéresse aux financements publics des transports en France, et plus particulièrement aux financements issus de l’Etat. A ce titre, il englobe donc plusieurs entités qui relèvent de la puissance étatique, et en premier lieu l’AFITF (Agence de Financement des Infrastructures de Transport en France) qui joue un rôle majeur dans ce domaine.

Nous établirons tout d’abord quelques généralités sur les dépenses publiques, avant d’étudier les recettes du budget transport, puis les dépenses en analysant en particulier leur affectation par mode de transport.

L’article s’appuie sur l’analyse des données de l’année 2020, qui est certes une année très particulière puisque durement impactée par le Covid, mais dont les chiffres restent pertinents puisque l’impact du Covid est relativement bien détouré et isolé au sein du budget de l’Etat. Il pourra être actualisé dans un prochain article pour tenir compte des inflexions importantes apportées notamment par le plan de relance lancé à la suite du Covid.

Comme toujours, n’hésitez pas à réagir en commentaires pour apporter des précisions ou des corrections à l’article ! Bonne lecture.


I) Généralités sur le budget des transports de l’Etat


Il faut tout d’abord noter que cette notion de budget transport n’est pas totalement claire au sein même du budget de l’Etat. Pour l’établir, il faut en effet agréger plusieurs postes de natures très différentes :

  • Les programmes 203 et 355 : le budget de l’Etat est divisé en plusieurs programmes, eux-mêmes rattachés à des missions. La mission qui nous intéresse ici est la mission « Écologie, développement et mobilités durables ». Un aperçu (très dense et touffu) de la répartition générale du budget de l’Etat est accessible sur ce lien, mais nous n’y reviendrons pas en détail ici pour se concentrer sur les seuls programmes 203 (Infrastructures et Services de Transport), et 355 (Charge de la dette de SNCF Réseau reprise par l’Etat).
  • Le Compte d’Affectation Spéciale (CAS) dédié aux Services Nationaux de Transport Conventionnés de Voyageurs (SNTCV) : ce mécanisme de CAS est une exception au principe d’universalité des recettes fiscales. En effet dans la fiscalité, il n’est pas autorisé d’affecter un impôt à un usage spécifique, il doit normalement alimenter un « pot commun » à partir duquel les différentes missions sont financées. Les CAS sont autorisés à titre exceptionnel au coup par coup et permettent d’affecter spécialement certains impôts à certaines dépenses, comme c’est le cas ici pour le CAS SNTCV. A noter que 2020 était la dernière année d’existence de ce CAS, le financement associé étant modifié et réintégré dans le programme 203 à partir de 2021. Ce CAS permet de financer les programmes 785 (Exploitation des services nationaux de transport conventionnés) et 786 (Matériel roulant des services nationaux de transport conventionnés)
  • Le Budget Annexe (BA) Contrôle et Exploitation Aériens (CEA) : il s’agit là aussi d’un fonctionnement particulier dédié aux services de l’Etat réalisant une production de biens et services donnant lieu au paiement de prestations. Ils sont donc alimentés par le paiement de ces dites prestations qui sont réalisées par des agents publics par les compagnies aériennes notamment. Il n’en existe que 2, dont le BA CEA. Il permet de financer les programmes 612 (Navigation aérienne), 613 (Soutien aux prestations de l’aviation civile) et 614 (Transports aériens, surveillance et certification).
  • Les opérateurs de l’Etat : il s’agit d’organismes au statut juridique public ou privé, placés sous le contrôle direct de l’Etat et financés en majorité par lui, auxquels sont confiés des missions de service public de l’Etat. Dans le domaine des transports, on en recense plusieurs, dont la plupart sont financés par des taxes directement affectées. Ce mécanisme relève (lui aussi !) d’un fonctionnement particulier, permettant de contourner le principe d’universalité des recettes pour affecter directement les recettes d’une taxe à des tiers tels que les opérateurs d’État. Dans le domaine des transports, on relève notamment :
    • L’AFITF, Agence de Financement des Infrastructures de Transport de France, dont l’objectif est de participer au financement de grands projets d'infrastructures de transport et de mobilités. Elle est principalement financée par les sociétés autoroutières et les automobilistes via le produit des amendes radars.
    • VNF, Voies Navigables de France, l’opérateur national chargé de la promotion de la logistique fluviale, de concourir à l’aménagement du territoire et de la gestion du réseau hydraulique. Il est financé à la fois par des taxes affectées payées par les gestionnaires d’ouvrages fluviaux, par l’AFITF, et par le programme 203 du budget de l’Etat.
    • La Société du Grand Paris, en charge de la maîtrise d’ouvrage du projet de métro automatique du Grand Paris Express. Elle est principalement financée par des taxes locales appliquées aux surfaces de bureaux ou aux parkings en Ile de France.
    • L’EPSF, Etablissement Public de Sécurité Ferroviaire, l’autorité nationale de sécurité ferroviaire
    • La SCSNE, Société du Canal Seine Nord Europe, en charge de conduire la réalisation de ce grand projet.
    • Notons que le groupe SNCF ne fait pas partie des opérateurs de l’Etat, ce groupe ayant une certaine indépendance dans sa gestion, et ses ressources n’étant pas majoritairement assurées par l’Etat.
  • Les fonds de concours : il s’agit (encore !) de fonds dérogeant au principe d’universalité budgétaire. Ils sont versés par des personnes physiques ou morales, de droit public ou privé, afin de contribuer à des dépenses d’intérêt public spécifiques. Dans le cas des transports, on relève 3 fonds de concours principaux :
    • Le fonds de concours de l’AFITF : il s’agit de la part du budget de l’AFITF qui est reversée au budget de l’Etat pour le programme 203
    • Le fonds de concours de SNCF : il s’agit de la participation de SNCF au financement du système ferroviaire. C’est notamment par ce fonds que transitent les dividendes versés par SNCF à l’Etat
    • Les fonds de concours des Collectivités Territoriales, qui sont notamment liés au financement de projets particuliers.
  • Enfin, il convient de prendre en compte des mesures de nature différente, à savoir les mesures fiscales liées au transport. Il s’agit ici de réductions de recettes, à travers des exonérations ou des remboursements de taxes normalement dues.

Le graphique suivant synthétise l’ensemble des flux entre tous ces postes. Il illustre bien la complexité du montage de ces financements…

 

Ce diagramme de flux se lit de la gauche vers la droite, et permet de voir « où va l’argent ». On voit ainsi par exemple qu’un peu plus de la moitié du budget de l’AFITF est reversée au budget du programme 203 (via le fonds de concours de l’AFITF), tandis que l’autre moitié est versée directement à plusieurs acteurs (donc certains sont également financés via le programme 203…).

On observe également que le financement du secteur aérien est relativement autonome via le BA CEA (les recettes de l’aérien financent les dépenses de l’aérien, sauf cette année du fait d’un recours important à l’emprunt), de même que le financement de la SGP. A l’inverse, le financement des secteurs routiers, ferroviaires, et dans une moindre mesure fluviaux sont plus complexes et imbriqués.

L’impact du Covid s’observe ici avec deux conséquences principales :

  • L’existence d’une dotation exceptionnelle de 250M€ issues du budget du programme 203 destinée à l’AFITF (ce qui occasionnerait une boucle dans le schéma et est donc représenté par 2 flux distincts pour l’éviter).
  • Le recours au financement bancaire pour équilibrer le BA CEA, ce qui est exceptionnel.

Au global, le budget global de l’Etat pour les transports (correspondant à l’ampleur totale du flux représenté à chaque étape) s’élève donc à 11 Milliards d’€ (ou 13.5 Mds€ si l’on inclut les mesures fiscales dont la nature est différente).

Notons que cet article ne tient pas compte des financements versés directement par les collectivités territoriales à des acteurs du monde des transports sans passer par l’Etat (par exemple pour le financement des TER).

Les parties suivantes vont nous permettre d’y voir un peu plus clair sur l’analyse qu’on peut tirer de ce graphique, d’abord en termes de recettes, puis en termes de dépenses.


II) Les recettes du budget transport


Le graphique ci-dessous représente les recettes du budget transport de l’état en les regroupant lorsque c’est pertinent par mode de transport source.

 

Les recettes du budget transport sont composées à presque 50% de recettes issues du budget général de l’Etat, soit un peu plus de 6.5Mds€ (en incluant les mesures fiscales).

Le domaine routier et autoroutier est également un gros contributeur au budget avec 2.7Mds€ d’apport soit 20% du total, les ressources étant en grande partie issues de la TICPE, à savoir la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (nb : cette taxe concerne à la fois les carburants et les combustibles de chauffage, son rattachement au domaine routier et autoroutier n’est donc pas totalement exact, mais il faut également tenir compte du fait que seule une partie de la TICPE est affectée à l’AFITF). On notera cependant que cette contribution pourrait être plus que doublée sans la mesure fiscale de remboursement d’une partie de cette TICPE pour les entreprises de transport.

On observera enfin que le domaine ferroviaire contribue également au financement de ce budget à hauteur de 8% du total, avec notamment le versement de dividendes issues du groupe SNCF, ainsi que le paiement de taxes dont la SNCF était en 2020 le seul financeur (notamment la Taxe sur le Résultat des Entreprises Ferroviaires).

En ce qui concerne l’aérien, c’est l’emprunt qui assure cette année la majeure partie du financement du domaine de la part de l’Etat.


III) Les dépenses du budget transport


Du côté des dépenses, c’est le ferroviaire qui tire la part du lion dans les dépenses de l’Etat, avec 38% des dépenses (5.1Mds€). Vient ensuite la route avec 27% (3.7Mds€), dont une bonne partie provient de la mesure fiscale de remboursement de la TICPE pour les entreprises de transport routier.

Le graphique ci-dessous représente les dépenses du budget transport de l’état en les regroupant lorsque c’est pertinent par mode de transport cible.

 

Dans le détail, on voit que c’est le paiement des redevances d’accès des TER (qui viennent en complément des redevances versées pour les Trains d’Équilibre du Territoire) qui représentent la première dépense du secteur, suivi par la mesure fiscale de remboursement de la TICPE pour les entreprises de transport. Vient ensuite le personnel de l’aviation civile, puis seulement ensuite la subvention pour la régénération du réseau (762M€ directement issus des dividendes versés par le groupe SNCF).

 


Conclusion

On voit donc que contrairement à l’imaginaire parfois véhiculé par des acteurs aux visées libérales assumées (cf la traditionnelle note annuelle de Fipeco visant à souligner le coût du ferroviaire pour les contribuables), les autres modes de transports représentent eux aussi une charge non négligeable pour le budget de l’Etat. On observe également que si les transferts s’opèrent pour partie des autres modes vers le ferroviaire, ce dernier contribue également au financement du système (à hauteur d’environ 8%) et n’est donc pas uniquement une charge.

D'autre part, cet article montre à travers le nombre de spécificités dans les modes de financement à quel point le domaine des transports peut présenter de la complexité, alors même qu'il s'agit d'un domaine au cœur de la vie des citoyens quels qu'ils soient.

Enfin, même si le ferroviaire est le mode de transport recevant le plus de financements, on peut relativiser cette part en la mettant en regard du bilan carbone de chacun des modes. Cette comparaison pourrait ainsi nous pousser à renforcer encore le transfert de ressources pour amplifier le financement d’un mode qui représente moins de 1% des émissions de carbone du pays et se trouve donc définitivement du côté des solutions. 



Sources : 

- Rapport annuel de performance 2020 pour la mission Infrastructures et Services de Transport, accessible via : https://www.budget.gouv.fr/documentation/documents-budgetaires/exercice-2020/projet-de-loi-de-reglement

- Annexe n°19 au rapport de la commission des finance sur le projet de règlement du budget 2020 : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cion_fin/l15b4195-a19_rapport-fond

- Rapport d'activité 2020 de l'AFITF : https://www.afit-france.fr/rapports-dactivite-40

jeudi 19 août 2021

Money, money, money

Ce diagramme présente la répartition du cash-flow de SNCF Réseau en 2020. Les dépenses de l'entreprise (sorties d'argent) sont sur la partie droite, et les recettes (rentrées d'argent) se situent à gauche. Il est intégralement basé sur le rapport financier de l'entreprise disponible sur ce lien. Les infobulles sur chaque flux précisent la nature et le montant du flux.

Ce diagramme fait apparaître un cash-flow négatif de 2.576M€, qui se traduit par des dépenses supérieures aux recettes. L'objectif de SNCF Réseau est de ramener ce cash-flow à 0 d'ici 2024. Cette valeur inclue le remboursement d'intérêts versés par SNCF Réseau en 2020 sur la dette reprise par l'état au 01/01/2020 à hauteur de 342M€.


La figure suivante illustre la nature des investissements réalisés par SNCF Réseau en 2020, en complément de sa mission régalienne d'exploitation et de maintenance quotidienne du réseau. Le graphique visualise de manière globale les postes de dépenses principaux sur la gauche, et sur la droite une vision plus détaillée (la légende est visible en cliquant sur chaque élément du graphique). Ces investissements, qui incluent tout à la fois le coût des matières, du matériel, et du personnel, se traduisent dans le graphique ci-dessus en grande partie par les flux vers les prestataires, ainsi que par une faible partie des flux vers les agents de SNCF Réseau.

On peut également analyser ces investissements sous l'angle de leur localisation géographique, qui n'est pas toujours spécifiée. C'est ce qui est traduit par le graphique ci-dessous.

dimanche 9 février 2020

Ouverture à la concurrence = Privatisation ?


A l’aube de l’ouverture effective à la concurrence du marché ferroviaire national français, on entend parfois parler de privatisation. S’il est bel et bien établi que la SNCF et ses filiales restent par la loi d’actionnariat 100% public, qu’en est-il des futurs concurrents, putatifs ou déclarés ?

I) La concurrence en France


Comme évoqué dans un article précédent, la concurrence prendra 2 formes en France :
- La concurrence sur le marché, ou librement organisée, pour les services commerciaux ayant vocation à être rentables
- La concurrence pour le marché, ou avec appels d’offres, organisée par les autorités organisatrices (Régions ou Etat), pour les services publics.

Certaines entreprises se sont d’ores et déjà positionnées sur l’un ou l’autre de ces créneaux, soit à l’occasion des appels à manifestation d’intérêt organisés par les régions (Pays de la Loire, PACA, …) ou l’Etat pour les Trains d’Equilibre du Territoire (Nantes-Bordeaux et Nantes-Lyon notamment), soit via le dépôt de dossiers à l’ART (Autorité de Régulation des Transports, ex-ARAFER) pour des services librement organisés.

Le tableau ci-dessous regroupe les premières annonces effectuées dans les médias pour les principaux acteurs :

Entreprise Contrat de Service Public Liaison Commerciale
Transdev AMI Pays de la Loire, PACA -
MTR AMI PACA -
Keolis/SNCF AMI Pays de la Loire. PACA -
Arriva AMI Pays de la Loire, PACA -
RATP Dev AMI Pays de la Loire, PACA -
Thello AMI PACA Paris-Lyon-Milan
FlixTrain - Paris-Bruxelles, Paris-Lyon (en ligne classique), Paris-Nice (de nuit), Paris-Toulouse (en ligne classique) et Paris-Bordeaux (en ligne classique)
Renfe - Lyon-Marseille dans un premier temps
* AMI = Appel à manifestation d'Intérêt

On notera également la réponse d’acteurs plus locaux, tels que la RDT 13 (Régie des Transports Départementaux des Bouches du Rhône, qui a répondu à l’AMI de la région PACA). 

Par ailleurs, d’autres acteurs spécialisés dans le matériel roulant ferroviaire (maintenance, location, financement ou gestion) ont également proposé leurs services pour cette seule composante de la réponse au besoin.

II) Les actionnaires


Parmi tous ces acteurs, certains sont privés, mais beaucoup sont au moins en partie publics, français ou étrangers.

Le tableau ci-dessous reprend les actionnaires des principaux acteurs du secteur, à la fois ceux s’étant déjà positionnés en France, mais également d’autres opérant déjà en France sur les dessertes internationales, et d’autres uniquement à l’étranger.

Nom de l'entrepriseActionnaire public françaisActionnaire public étrangerActionnaire privé
KeolisSNCF (70%)Caisse des Dépôts & Placements du Québec - CDPQ (30%)0.00%
RATP DevRATP (100%)0.00%0.00%
Société commune RATP Dev / GetlinkRATP (55%)0.00%Atlantia (7%), Eiffage (2%), Fonds d’investissements, … (36%) via Getlink
TransdevCaisse des Dépôts & Consignations (66%)0.00%Famille Rethmann, via le groupe Rethmann (34%)
Arriva0.00%Allemagne, via la DB (100%)0.00%
First Group0.00%0.00%Fonds d’investissements, actionnaires divers (100%)
Flix Mobility0.00%0.00%3 fondateurs, groupe d’édition Georg bon Holtzbrinck, fonds d’investissement (100%)
ThalysSNCF (60%)Belgique, via SNCB (40%)0.00%
EurostarSNCF (55%), Caisse des Dépôts & Consignations (6%, via Hermès)CDPQ (30%), SNCB (5%), Banque publique néerlandaise BNG (1%, via Hermès)Famille Rethmann (3%, via Hermès)
Stagecoach0.00%0.00%Fonds d’investissement, 2 fondateurs (100%)
Thello0.00%Italie, via Trenitalia (100%)0.00%
MTR0.00%Gouvernement de Hong Kong (75%)Fonds d’investissements, actionnaires divers (25%)
Abellio0.00%Pays-Bas, via NS (100%)0.00%


La figure ci-après reprend ces chiffres de manière graphique :

Répartition de l'actionnariat des principales entreprises du secteur


Le graphique ci-dessous reprend ces valeurs, pondérées par le chiffre d’affaire de chacune des entreprises concernées.
On notera en préalable que ce chiffre d’affaire ne concerne pas uniquement les activités ferroviaires, puisque certains des groupes (notamment FirstGroup ou Stagecoach) opérent pour une grande partie de leur activité des lignes de bus.
Par ailleurs, cette pondération par le chiffre d’affaire ne figure absolument rien du revenu des actionnaires qui n’est pas l’objet de cet article.
Répartition de l'actionnariat des principales entreprises du secteur, pondéré par leur chiffre d'affaire

NB 1 : le chiffre d’affaire de Flix Mobility (entreprise mère de FlixTrain) n’est pas connu et a donc été estimé de manière arbitraire.
NB 2 : La société commune RATP Dev / Getlink qui figure dans ces graphiques suite aux annonces des deux groupes de leur partenariat n’a pas encore d’activité en France et est donc reprise avec un chiffre d’affaire nul.


Globalement, environ 62% du chiffre d’affaire de ces entreprises est donc public (26% français, 36% étranger), et 38% est privé.

III) Mise en perspective


A titre d’illustration, le graphique suivant reprend les valeurs de chiffre d’affaire du graphique précédent comparé à celles des principales entreprises ferroviaires historiques européennes.

Chiffre d'affaire des Entreprises ferroviaires historiques (en bleu) et des autres entreprises du secteur (en orange)

NB : les chiffres d’affaire des entreprises historiques incluent pour certains les chiffres d’affaires de leurs filiales en concurrence (DB/Arriva, SNCF/Keolis, FS/Thello, NS/Abellio...)

Conclusion


Ces chiffres poussent à relativiser dans une certaine mesure les craintes de privatisation du ferroviaire puisque la part des acteurs publics dans le secteur reste très importante.
Les acteurs privés seront-ils alors source de dynamisme et de croissance, ou au contraire une menace pour l’équilibre fragile d’un secteur au coeur de la vie de beaucoup de français ? L’ouverture à la concurrence va indubitablement transformer le paysage ferroviaire français, d’une manière que nul ne peut encore prévoir totalement...

lundi 13 janvier 2020

C’est qui qui commande chez SNCF ?


Avec la nouvelle année 2020 (que je vous souhaite excellente !) vient également la nouvelle SNCF. Ou plutôt les nouvelles SNCF, puisque ce ne sont pas moins de 5 entreprises qui viennent composer le Groupe Public Unifié :
  • SNCF
  • SNCF Réseau (filiale de SNCF)
  • SNCF Voyageurs (filiale de SNCF)
  • SNCF Gares & Connexions (filiale de SNCF Réseau)
  • Fret SNCF (filiale de SNCF)

Les 4 premières sont des Sociétés Nationales à Capital Public (Sociétés Anonymes avec un nom insistant bien sur leur caractère public), la dernière est une Société par Actions Simplifiée (SAS), et ne sera pas évoquée ici.
Pour mettre en place ce nouveau mécano, plusieurs décrets sont parus au Journal Officiel, définissant une période transitoire, pouvant durer au plus tard jusqu’au 30/06/2020. Pendant cette période, deux filiales servent de coquilles vides (ou presque) pour faciliter les transferts de capital :
  • SNCF C10, filiale de SNCF Mobilités, qui est devenue SNCF Voyageurs, filiale de SNCF
  • SNCF B1, filiale de SNCF Mobilités, qui est devenue SNCF Gares & Connexions, filiale de SNCF Réseau

Chacune des 4 entreprises est dotée :
  • d’une assemblée générale des actionnaires (réduite à un unique actionnaire ici)
  • d’un conseil d’administration
  • d’un Président du Conseil d’Administration et d’un Directeur Général, qui peuvent être la même personne (on parle alors d’un PDG).
Il n’y a donc plus de conseil de surveillance, comme il existait auparavant pour l’EPIC SNCF.


Le tableau ci-dessous résume l'organisation de la période transitoire pour chacune des 4 entreprises :


SNCF
SNCF Réseau
SNCF Voyageurs
SNCF Gares & Connexions
Composition du CA transitoire (au plus tard jusqu’au 30/06/2020)
8 administrateurs nommés par décret
4 administrateurs salariés
8 administrateurs nommés par décret
4 administrateurs salariés
= CA de l’entreprise SNCF C10 au 31/12/2019
= CA de l’entreprise SNCF B1 au 31/12/2019
Nomination des administrateurs salariés en période transitoire
Sur proposition des Organisation Syndicales, proportionnellement à leur représentativité
PDG à partir du 01/01/2020 et jusqu’au 30/06/2020
Président du directoire de SNCF le 31/12/2019 = Jean-Pierre Farandou
Président du CA de SNCF Réseau le 31/12/2019 = Patrick Jeantet
Président du CA de SNCF C10 le 31/12/2019. Devrait être Christophe Fanichet (1)
Président du CA de SNCF B1 le 31/12/2019. Devrait être Marlène Dolveck (1)

(1) : d'après les derniers statuts publiés par SNCF C10, le PDG en est David Sitruk, Directeur Financier de SNCF Mobilités. Cela devrait être corrigé dans les prochains jours pour correspondre aux annonces effectuées par Jean-Pierre Farandou


Le tableau suivant reprend les administrateurs désignés pendant cette période transitoire :



SNCF
SNCF Réseau
SNCF Voyageurs
SNCF Gares & Connexions
Administrateurs pendant la période transitoire
Nommés par décret
Ces administrateurs n’étant pas nommés par l’Etat, il s’agit ici de la dernière liste d’administrateurs publiée par les entreprises SNCF B1 et C10, en l’attente des modifications liées à leur changement de dimension
Didier Casas
Haut fonctionnaire et DGA Bouygues Telecom
Elisabeth Ayrault
PDG de la Compagnie Nationale du Rhône
David Sitruk
PDG (Directeur Financier SNCF Mobilités)
David Sitruk
PDG (Directeur Financier SNCF Mobilités)
Hélène Dantoine
Haut fonctionnaire
Cédric Garcin
Haut fonctionnaire, APE
Anne Guéniot
Directrice Juridique SNCF Mobilités
Hugues de Nicolay
DGA Finances SNCF Réseau
Jean-Pierre Farandou
PDG SNCF
Pierre Izard
DGD SNCF
Gilles Mugnier
Directeur des Affaires Internationales SNCF
Jean Ghedira
DG Clients & Services SNCF Réseau
Céline Lazorthes
Fondatrice et dirigeante de Leetchi
Guillaume Hintzy
Directeur Finance & Trésorerie SNCF Réseau




André Martinez
Pdt du groupe immobilier public Icade
Patrick Jeantet
PDG SNCF Réseau




Frédéric Saint-Geours
Auparavant pdt du conseil de surv. SNCF
Valérie Pécresse
Pdte de la région IdF




Agnès Touraine
Pdte de l'Institut Français des Actionnaires
Laurent Pichard
Sous-directeur des transports au ministère des Comptes Publics




Amélie Verdier
Haut fonctionnaire, Directrice du Budget
Marie Savinas
DRH EPIC SNCF




Administrateurs représentants des salariés pendant la période transitoire
Christelle Jeannet
UNSA
Fanny Arav
UNSA
Xavier-Marie Lemaire
UNSA
Philippe Froissard
UNSA
Bruno Lacroix
CGT
Jean-René Delepine
Sud Rail
Xavier Portal
CGT
Valérie Lourdain
?
Maryse Thaeron
CGT
Christine Mequignon
CGT
Eric Santinelli
Sud Rail


Julien Troccaz
Sud Rail
Guy Zima
CGT







Enfin, ce dernier tableau résume les modalités de fonctionnement de chacune des entreprises en régime normal, à partir du 30/06/2020 au plus tard :


SNCF
SNCF Réseau
SNCF Voyageurs
SNCF Gares & Connexions
Composition de l’assemblée générale
Etat
SNCF
SNCF Réseau
Siège social
Campus Etoiles
Campus Réseau
Campus Wilson
13 avenue d’Ivry
Règles de composition du CA (dans la loi)
2/3 des membres désignés par l’Etat
1/3 de représentants des salariés
1/3 de membres désignés par l’assemblée générale des actionnaires
1/3 de membres désignés par l’assemblée générale des actionnaires sur proposition de l’Etat
1/3 de représentants des salariés
2/3 des membres désignés par l’assemblée générale des actionnaires
1/3 de représentants des salariés
-
Règles de composition du CA (dans les statuts des entreprises)
12 membres :

- 7 membres nommés par l'assemblée générale des actionnaires, dont au moins 2 indépendants
- 1 représentant de l'Etat
- 4 représentants des salariés
12 membres :

- 3 membres nommés par l'assemblée générale des actionnaires sur proposition de l'Etat
- 1 représentant de l'Etat
- 4 membres nommés par l'assemblée générale des actionnaires
- 4 représentants des salariés
9 membres :

- 6 membres nommés par l’assemblée générale des actionnaires parmi les salariés SNCF
- 3 représentants des salariés
6 membres :

- 4 membres nommés par l’assemblée générale des actionnaires
- 2 représentants des salariés
Participants supplémentaires :
- 1 agent chargé de l'exercice du contrôle économique et financier de l'Etat
- 1 Commissaire du Gouvernement (S. Bernabei Chinzi pour SNCF Réseau)
avec avis consultatif
- 1 agent chargé de l'exercice du contrôle économique et financier de l'Etat
Spécificités du CA

Certaines décisions relatives à la stratégie financière, organisationnelle et opérationnelle (hormis celles portant sur les fonctions essentielles du GI) ne peuvent être adoptées sans le vote favorable de la majorité des membres désignés par l'assemblée générale autres que ceux proposés par l'Etat, notamment :
- adoption du budget annuel et des comptes prévisionnels ;
- adoption du plan stratégique


Limite d’âge des administrateurs
75 ans sauf :
- Président : 70 ans
- Directeur Général : 68 ans
Nomination du Président et du DG (ou du PDG)
Pdt : sur proposition du CA parmi les membres désignés par l’Etat
DG : Par décret sur proposition du CA
Pdt : sur proposition du CA parmi les membres désignés par l’Etat
DG : sur proposition du CA, après avis conforme de l’ART
Pdt : sur proposition du CA
DG : sur proposition du CA
Pdt : désigné par le CA
DG : nommé par le CA
Organisation des mandats
Durée de 4 ans, renouvellement par moitié tous les 2 ans
Durée de 4 ans
Filiales & Participations
Filiales SNCF actuelles (hormis celles transférées à SNCF Voyageurs & SNCF Gares & Connexions)
Filiales SNCF Réseau actuelles
- Thalys
- Eurailtest
- SNCF Energie
- Masteris
- Ouicar
- Transkeo
- Orient-Express
- Lemanis
- SNCF Voyages Développement
- Société marocaine de maintenance des rames à grande vitesse
- AREP
- SEMOP Gare du Nord 2024
- Retail & Connexions
- Lagardère & Connexions
- Hubs & Connexions